
Thème récurrent dans la production de Gérard Papin depuis ces dernières années, la danse lui fournit l'opportunité de repousser toujours plus loin les limites de ses recherches dans la captation du mouvement et de l'équilibre.
Sa première oeuvre consacrée à la danse s'inspire et
retranscrit l'une des célèbres danseuses de Degas. Captée
dans un moment de repos ou de répit, les pieds solidement
ancrés au sol, les bras sagement posés derrière le dos, la
tête renversée vers l'arrière et le regard fuyant celui du
spectateur, cette danseuse se perd dans ses pensées tel dans
un état d'introspection ou de réflexion intense.
A l'immobilité et au statisme de l'expression corporelle
de cette dernière, Gérard Papin y oppose, dans les autres
oeuvres de cette série, l'animation, le mouvement, la fougue
et l'instabilité. Seul ou en couple, formant un bloc
monolithique, c'est-à-dire intimement soudés l'un à l'autre,
ou à l'inverse, évoluant en extension dans l'espace, les
autres danseurs, pour leur part, sont captés dans le vif de
l'action de leurs prestations respectives. Chacune de ces
sculptures fonctionne comme un instantané photographique qui
capture et cristallise le temps d'un mouvement précaire et
éphémère.
Saisie et figée en plein vol, au moment suprême de son
pas de danse aérien, le corps arqué vers l'arrière dans un
effort ultime, une ballerine semble s'envoler, totalement
libérée de l'attraction terrestre, à l'instar de l'oiseau
d'argent niché au creux de sa main gauche. Cette grâce
fluide et évanescente est le propre également de ce couple
de danseurs représentés dans l'extension maximale de tous
leurs membres, aux proportions démesurés, qui décrivent un
enchaînement de spirales virtuelles, dynamisant ainsi ce pas
de deux.
Plus loin, une autre danseuse évolue au son d'une musique qu'elle seule peut entendre. Sa tête penchée de côté dans la prolongation de ses bras disposés à l'horizontal et sa jambe gauche relevée à la hauteur de son buste contrebalancent et équilibrent la tracée verticale qu'inscrit sa jambe droite sur laquelle elle prend appui.
L'éclectisme des postures choisies pour leur pertinence
de l'étude du mouvement et de l'équilibre, l'inscription
d'une séquence temporelle du mouvement capté dans la phase
ultime, le travail minutieux et recherché des textures et
des patines concourent à transmettre un caractère
particulier et unique aux danseurs de Gérard Papin, danseurs
qui ne demandent qu'à être découverts et appréciés.
Marie-Laure Pelletier, M.A.
Historienne de l'art,
Montréal, le 12 octobre 2000